Samedi matin, nous avons rendu un dernier hommage à André Ledran, ancien maire de Ouistreham, pillier du socialisme dans le Calvados

Militant infatigable, socialiste profondément engagé et européen convaincu, André aura consacré sa vie au service des autres, de ses convictions et de son territoire.

Il incarnait une certaine idée de la politique : celle de l’engagement, de la fidélité à ses valeurs, de la solidarité et du progrès social.

Son parcours et ses combats continueront de nous inspirer.

Pensées émues à sa femme, sa famille, à ses proches et à tous ses camarades.

Merci André 🌹

Ouistreham, le 17 octobre 2026 – Discours A. Delaporte en hommage à André Ledran

Chère Gabrielle,

Chère famille d’André,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis, et chers camarades,

Nous rendons aujourd’hui hommage à homme qui aura profondément marqué notre territoire, notre histoire politique, le socialisme calvadosien et, surtout, les femmes et les hommes qu’il a rencontrés tout au long de sa vie.

Avec André Ledran disparaît une grande figure de la vie publique de Ouistreham et du Calvados mais aussi un socialiste infatigable, un homme de convictions et de fidélité.

C’est aussi la disparition d’une certaine manière de faire de la politique. Celle qui ne se résume ni aux fonctions occupées, ni aux élections remportées, mais qui se mesure à ce que l’on apporte aux autres.

André appartenait à cette génération pour laquelle le militantisme n’était pas une étape dans une carrière, mais le choix de toute une vie, faite de combats et d’engagements, celui d’un attachement viscéral à la paix aussi à la fraternité et au rapprochement entre les peuples.

André appartenait à cette générations d’élus socialistes professeurs d’histoire-géographie, mais il était d’abord – singularité – agrégé de géographie. La géographie, c’est d’abord un attachement à la carte, celle qui permet de mieux comprendre les territoires, mais aussi de connaître les femmes et les hommes qui y vivent. Dans une approche charnelle de la géographie.

Cet attachement à la carte, c’est aussi à la carte de militant socialiste.

Jeudi dernier, lorsque nous lui avons rendu hommage à la fédération du Parti socialiste, un camarade a raconté une anecdote qui illustre bien cette double dimension.

Lorsqu’il enseignait à Vire, André venait participer aux réunions socialistes, qui se tenaient le plus souvent à la Maison du peuple de Colombelles à cette époque, la fédération socialiste du Calvados ne disposait pas encore de ses propres locaux. Un long combat d’ailleurs, que l’acquisition de ces locaux mené par André aux côtés de Louis Mexandeau, de ces compagnons de route de François Mitterrand auxquels nous sommes aujourd’hui si redevables. Non seulement parce qu’ils nous ont laissé les murs d’une belle bâtisse, mais surtout parce qu’ils ont inlassablement bâti et reconstruit le Parti socialiste calvadosien.

À ces réunions à la maison du peuple, André arrivait dans sa fameuse 4L rouge, avec deux cartables. Dans l’un, ses copies d’élèves à corriger. Dans l’autre, les documents du Parti socialiste. Deux cartables, deux engagements, mais une même conviction : celle que l’on peut changer la société par la transmission du savoir comme par l’action collective et l’action concrète de terrain.

André connaissait, on l’a le Calvados, ses villes, ses villages, ses routes, ses réalités sociales. Il avait cette connaissance du terrain, du géographe et du politique, cette certitude que la politique ne pouvait pas se faire loin des habitants.

Quand il devient responsable départemental en 1973, le socialisme dans notre département était encore largement à construire. Il fallait convaincre, organiser, rassembler. André fut de ceux qui ont permis à notre famille politique de s’enraciner durablement.

Élu conseiller général en 1982, maire de Ouistreham en 1983, puis député du Calvados en 1986, André a exercé ses responsabilités avec une même exigence : améliorer concrètement la vie de ses concitoyens.

À l’Assemblée nationale, il a défendu les familles confrontées aux difficultés de remboursement de leurs prêts immobiliers. Il a pris part aux débats sur la défense nationale, les moyens accordés aux armées et la transparence budgétaire.

Il est également intervenu sur les questions institutionnelles, notamment concernant la Polynésie, cela a été dit par Corinne, mais aussi la Nouvelle-Calédonie, un sujet qui m’est cher, en abordant le dossier avec le regard de celui qui avait vécu la décolonisation lors de la guerre d’Algérie qui l’avait profondément marquée.

Mais c’est naturellement ici, à Ouistreham, que son action demeure la plus visible. Il incarnait une politique qui s’appuie sur la force de la volonté. On lui doit notamment le développement de la liaison maritime avec Portsmouth, assurée par Brittany Ferries, cela a été dit.

Il est alors tout jeune élu en 1984 – li vient tout juste d’être réélu maire, après une municipale partielle suite à l’invalidation de 1983 – quand le 20 octobre 1984, dans le bureau du ministre de la Mer, André Ledran et Louis Mexandeau, alors député de la circonscription, appuyés par Michel d’Ornano, président du département, signent un engagement : en dix-huit mois, le terminal sera construit. Des délais d’exécution qui laisseraient aujourd’hui songeurs. Cette réalisation transformera durablement Ouistreham, l’ouvrant davantage sur l’Angleterre et sur le monde. À Ouistreham, terre du Débarquement, André avait d’ailleurs fait des commémorations des moments essentiels de mémoire et de réconciliation.

André était un bâtisseur, un élu de proximité et national, mais il n’a surtout jamais cessé d’être un militant socialiste. Jusqu’à ces derniers temps, nous le retrouvions dans nos réunions, nos congrès, nos rassemblements. Il y prenait la parole avec cette verve qui était la sienne, cette énergie communicative, cette volonté intacte de débattre, de convaincre et parfois de bousculer.

Il a aussi accompagné et aiguillé des générations de militants. Je vois dans l’assistance Raphaël Chauvois ou encore Philippe Duron me disait hier encore qu’il avait eu une influence déterminante sur sa trajectoire politique. Il savait déceler les talents et encourager la relève.

Je veux évoquer un souvenir plus personnel. Lorsque je me suis présenté aux élections départementales de 2021, sur le canton de Ouistreham, André était là. Il a su m’accueillir avec bienveillance et générosité et me conter Ouistreham et ses alentours.

Il nous rappelait que rien n’est jamais acquis, que l’on peut perdre mais surtout qu’il faut se battre pour gagner. Que les conquêtes sociales, les libertés, les progrès démocratiques sont le fruit de combats qui exigent un engagement permanent.

Aujourd’hui, nous mesurons ce que nous lui devons, à lui et à la génération des piliers et fondateurs du socialisme calvadosien dont il était l’une des dernières incarnations vives.

Gabrielle, à vous, à toute votre famille, à ses proches, à ses amis, à ses camarades et à tous les Ouistrehamais, je veux exprimer toute mon affection et mes condoléances les plus sincères.

André laisse une empreinte immense. Elle demeure dans les rues de Ouistreham, dans ses équipements, dans son ouverture sur le monde. Mais elle demeure surtout dans les mémoires et dans les cœurs battants de celles et ceux qui poursuivent ses combats pour la justice. L’enseignant qu’il était avait la transmission pour passion. Notre responsabilité, désormais, est de faire vivre cet héritage, celui d’un engagement continu marqué par une fidélité à tout épreuve, en humble militant épris d’idéal qu’il était.

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