Retour sur l’odieux deal macronistes-LR-RN à l’Assemblée

L’odieux « deal » macronistes – LR – RN à l’Assemblée

Retour en quelques lignes sur l’un des moments de bascule les plus terribles de la macronie. En l’espace de 48h, ceux qui ont été élu il y a un an contre le RN ont battu la gauche après un deal assumé, toute honte bue, avec l’extrême-droite.

Hier et aujourd’hui se tenaient donc les élections internes de l’Assemblée nationale pour répartir les postes à responsabilité : le Bureau, la plus haute instance chargée de l’organisation et du fonctionnement de l’Assemblée d’une part et les présidences de commissions, chargées de définir l’orientation et les auditions de chacune des 8 commissions permanentes (comme les affaires sociales, économiques dont je suis désormais membre ou l’éducation par exemple) d’autre part.

En 2024 le front républicain avait permis d’écarter l’extrême droite du Bureau, comme cela se fait en Belgique ou en Allemagne, mais aussi au parlement européen (les macronistes le pratiquent d’ailleurs). La gauche avait également gagné deux présidences de commission dans un affrontement entre les trois pôles.

Cette année, changement de stratégie à 180 degrés : les macronistes ont décidé de briser la règle du front républicain (de la « digue » ou du « cordon sanitaire ») et ont acté une alliance inédite et d’un danger sans précédent avec le RN.

Cela a commencé mercredi lors de l’élection du Bureau : les macronistes ont déposé un bulletin unique permettant de voter pour l’élection de deux vice-présidents issus du RN en même temps que leurs propres candidats. Ils ont récidivé le lendemain avec un bulletin présentant aux côtés des noms macronistes les noms de deux secrétaires d’extrême-droite de l’Assemblée.
Bilan des courses : deux Vice-présidents RN seront donc en charge de mener les débats dans l’hémicycle.

Le pire ? C’est que cette stratégie qui est présentée officiellement comme la défense de principes d’une représentation de tous dans les instances (à géométrie variable puisque les macronistes ne le font pas à Bruxelles et ne l’avaient pas fait l’an dernier à l’Assemblée) est en fait un calcul très cynique.
En échange du soutien des macronistes au bureau, le RN a accepté de ne pas présenter de candidats pour les présidences de commission et – plus terrible encore – a voté pour les candidats macronistes dès le premier tour de scrutin. Le retour d’ascenseur ne s’arrête pas là, puisqu’ensuite les macronistes ont voté pour des candidats RN aux différents postes des commissions.

Les députés macronistes ont ainsi voté pour la vice-présidence d’une commission d’un député RN ouvertement anti-IVG (qu’il comparait à la Shoah) contre un candidat écologiste.

Cete même commission, dirigiée jusque là par Aurélie Trouvé qui se représentait, a été remportée dans un duel au premier tour par Stéphane Travert, réélu député en 2024 face au RN, grâce au retrait d’une candidate communiste. Aujourd’hui, le RN a voté en bloc pour lui.

Rappelons qu’aucune règle du Règlement de l’Assemblée nationale n’impose de confier les commissions au parti en soutien du gouvernement, contrairement à ce que certains macronistes pas très fiers cherchent à dire. Seule la commission des finances doit être réservée à l’opposition, c’est la Constitution qui le dit.

L’autre conséquence désastreuse de ce pacte scandaleux est l’effacement des femmes. Elles présidaient 3 commissions sur 8, il n’en reste plus qu’une. La gauche, qui avait deux présidentes et un président a présenté 5 candidates et trois candidats. Les deux sortantes ont été battues. Remplacées par des hommes donc.

Le « bloc central » a donc commis une faute morale immense en scellant cet accord avec l’extrême droite et la droite extrême pour obtenir des postes. Il va bien au-delà de l’assurance de la représentativité du RN au sein des plus hautes fonctions et scelle une dépendance des macronistes avec l’extrême-droite pour maintenir leurs positions.

Cette bascule est catastrophique alors même que nous avons été élus aussi grâce au barrage des électeurs à l’extrême droite après la dissolution ratée d’Emmanuel Macron.

Pour conclure le bilan de ces deux jours sombres pour la représentation nationale, je finirai par déplorer l’attitude de la présidente de l’Assemblée qui a été à l’oeuvre de ce pacte et a osé comparer l’Assemblée à un syndic de co-propriété. Comme si tout se valait désormais.

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